Pourquoi certaines respirations semblent plus difficiles en position assise qu’allongée ?

Il est fréquent, lors d’une pratique de respiration, de constater une différence nette entre la position assise et la position allongée. Une respiration fluide sur le dos peut devenir plus courte, plus haute ou plus laborieuse dès que l’on s’assoit. Cette expérience, parfois déroutante, n’est ni anormale ni un signe de mauvaise pratique.

Elle révèle au contraire des mécanismes subtils liés au corps, à la posture et à la manière dont le souffle s’organise dans l’espace.

La position du corps influence-t-elle la respiration ?

Allongé : un corps soutenu, une respiration moins sollicitée

En position allongée, le corps est largement soutenu par le sol. Le poids est réparti, les muscles posturaux se relâchent davantage et la gravité agit différemment sur les organes internes.

Dans cette configuration, le diaphragme peut se déplacer plus librement vers le bas à l’inspiration. Le ventre a de l’espace pour s’ouvrir, la cage thoracique n’a pas à se maintenir contre la gravité, et la respiration se fait souvent plus ample sans effort conscient.

Cela donne parfois l’impression que “respirer est plus facile”, alors qu’en réalité, le corps travaille simplement moins pour se tenir.

Assis : respirer tout en se tenant

En position assise, la respiration doit cohabiter avec une autre fonction essentielle : le maintien de la posture. Les muscles profonds du tronc, du dos et du bassin sont engagés pour garder la colonne verticale.

Cette mobilisation posturale peut limiter, au moins temporairement, la liberté du souffle, surtout si la posture est tenue avec trop de rigidité. Le corps cherche alors à gérer deux demandes simultanées : se stabiliser et respirer.

La difficulté ressentie n’est donc pas un défaut de respiration, mais un ajustement encore en cours entre stabilité et fluidité.

Le rôle de la posture dans la sensation de souffle

S’asseoir droit signifie-t-il se raidir ?

Beaucoup de pratiquants associent inconsciemment la position assise à l’idée de “se tenir droit”. Cette intention, louable, peut se transformer en une posture figée : poitrine projetée, ventre rentré, épaules maintenues.

Dans cette configuration, le diaphragme a moins d’espace pour se mouvoir. La respiration devient plus haute, parfois plus bruyante ou plus courte. On peut être très concentré, mais respirer dans un cadre trop étroit.

La question à se poser n’est pas seulement : suis-je bien droit ?
Mais plutôt : suis-je suffisamment relâché pour respirer ?

L’axe vertical et l’espace intérieur

Une posture assise équilibrée repose sur un axe vertical vivant, non rigide. Lorsque la colonne est empilée sans tension excessive, elle crée de l’espace entre les vertèbres, ce qui facilite la circulation du souffle.

Cependant, trouver cet axe demande souvent du temps. Tant que le corps n’a pas intégré cette organisation, la respiration peut sembler entravée. C’est un apprentissage progressif, non une performance immédiate.

Observer ces ajustements fait déjà partie de la pratique respiratoire.

Le diaphragme et la gravité : une relation différente

Comment la gravité modifie le mouvement respiratoire

Allongé, la gravité accompagne l’expansion abdominale. Assis, elle agit différemment : les organes reposent davantage vers le bas, et le diaphragme doit travailler contre cette orientation.

Cela demande une coordination plus fine entre le souffle, le tonus du ventre et le soutien du bassin. Si le bassin est instable ou basculé, le diaphragme perd un appui important.

Ainsi, une respiration qui semblait naturelle allongée peut devenir plus exigeante assise, simplement parce que les conditions mécaniques ont changé.

Bassin, assise et respiration

La qualité de l’assise influence directement la respiration. Un bassin trop en arrière ou trop en avant modifie la courbure lombaire et la liberté du diaphragme.

Prendre le temps de sentir les points d’appui au sol, d’ajuster la hauteur du bassin avec un coussin ou une couverture, peut transformer l’expérience respiratoire sans rien changer à la technique elle-même.

Parfois, la difficulté vient moins du souffle que de la manière de s’asseoir.

La respiration révèle l’état du système nerveux

Une vigilance accrue en position assise

La position assise, surtout lorsqu’elle est associée à une pratique attentive, peut activer un état de vigilance plus marqué. Le corps est plus “présent”, mais aussi parfois plus en alerte.

Cette activation du système nerveux peut rendre la respiration moins profonde, plus rapide ou plus contrôlée. Même si l’intention est de se détendre, le corps peut rester dans une forme de retenue.

Allongé, le message envoyé au système nerveux est différent : repos, sécurité, relâchement. La respiration s’adapte naturellement à ce contexte.

Respirer sans chercher à réussir

Lorsque la respiration devient difficile, une tension mentale peut s’ajouter : vouloir “bien respirer”, corriger, ajuster. Cette volonté, bien intentionnée, peut accentuer la difficulté.

En position assise, il est souvent plus juste de laisser la respiration être telle qu’elle est, même si elle semble incomplète. Avec le temps, cette permission donnée au souffle permet une détente progressive du système nerveux.

La respiration s’approfondit alors non par effort, mais par disponibilité.

Une lecture yogique de cette différence d’expérience

La respiration comme miroir de l’organisation intérieure

Dans la tradition du yoga, la respiration n’est pas isolée du reste de l’être. Elle reflète l’état du corps, du mental et de l’attention. Si elle semble plus difficile assise, cela peut indiquer une organisation intérieure encore en ajustement.

Ce constat n’est ni positif ni négatif. Il offre simplement une information précieuse : comment suis-je présent à moi-même dans cette position ?

Plutôt que de chercher à reproduire la respiration allongée, il peut être intéressant d’explorer celle qui émerge naturellement assise.

Apprendre à rester avec ce qui est

La position assise invite à une présence plus verticale, plus engagée. Elle demande d’habiter l’espace entre effort et lâcher-prise. La respiration y devient parfois plus subtile, moins spectaculaire, mais plus consciente.

Accepter qu’elle soit différente, parfois plus discrète ou plus fragile, fait partie de l’apprentissage. Le yoga ne cherche pas à uniformiser les expériences, mais à développer la capacité à les observer sans jugement.

Ainsi, la difficulté ressentie en position assise peut devenir un terrain d’exploration, un lieu où affiner l’écoute, la patience et la relation au souffle tel qu’il se manifeste ici et maintenant.

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